Visite au Mont-Froid

Pendant la préparation de Neiges sanglantes : Chasseurs au combat 1939-1940 et 1944-1945, j'ai eu l'occasion de faire une visite au Mont-Froid, haut-lieu des combats entre chasseurs alpins français de la 7ème Demi-Brigade de Chasseurs Alpins et chasseurs de montagne allemands du Gebirgsjäger-Regiment 100.

Le Mont-Froid est le théâtre de cinq des scénarios de ce module :

Il bénéficie d'une carte NF dédiée, qui a été affinée suite à cette visite. Je recommande de lire le texte ci-dessous avec cette carte sous les yeux, pour comparer photos du terrain réel et restitution pour EPT.

Le site du Mont-Froid comprend deux parties, les positions françaises au-dessus du col de Sollières, et le Mont-Froid lui-même. L'ensemble a été aménagé à la fin du XIXème siècle. Il faut noter que la position de Sollières, voie d'accès principale au Mont-Froid, se trouve au sud-est du Mont-Froid, et donc à l'opposé de l'axe d'attaque principal français le 5 avril 1945 (par la crête du général Sarret à l'ouest) et allemand le 12 avril (la 1re compagnie du GJR-100 a contourné le Mont-Froid pour attaquer principalement par le nord-ouest).

Le col de Sollières se trouve à 1639 m d'altitude, entre le Mont-Froid et le Signal du Petit-Mont-Cenis. Il est dominé

Le col de Sollières fait communiquer le plateau du Mont-Cenis (au sud, italien en 1940) et la vallée de la Maurienne où coule l'Arc (au nord, versant français), en évitant le col routier du Mont-Cenis, fortement défendu.

La combe des Archettes, qui passe au pied du Mont-Froid, rejoint le Val d'Arly dans sa partie la plus basse. La route militaire qui l'emprunte abandonne la combe à mi-pente pour rejoindre la Maurienne un peu en amont du confluent Ambin / Arc.


Positions au-dessus du col de Sollières

Position de Sollières et lac de l'Etoile vu du Mont-Froid

Juste sous le petit col entre 2719 et le Mont-Froid se trouvent des baraquements (hex 1309), utilisés en 1940 comme cantonnement par la SES du I/99° RIA, et déjà en ruine en 1944. La partie émergeant de la neige servira d'abri aux observateurs français lors de la reconnaissance de décembre 1944.

Baraquements vus du petit col

Un des baraquements

Au-dessus des baraquements, entre le petit col et les premières pentes du Mont-Froid, des restes de barbelés et de tranchée marquent la position de l'ancienne frontière (hex 1308). Au sud du petit col, un poste d'observation fortifié sur le sommet à 2719 m domine l'ancien versant italien (hex 1510). Un dernier ouvrage, à mi-pente entre le poste d'observation et les baraquements (hex 1410), n'était pas terminé en 1940.

Ces différents ouvrages n'ont joué de rôle, ni 1940 (la seule SES disponible n'ayant pas les moyens de tenir toute la frontière, elle s'est contentée de défendre le Mont-Froid), ni en 1944-1945 (ils étaient sous la neige). Ils ne sont donc pas représentés sur la carte EPT.

Par contre, la falaise sous le poste d'observation figure sur la carte (entre l'hex 1510 et les hex 1509 et 1610). On peut noter que le sommet 2719 est plus haut dans EPT que dans la réalité (il devrait être au niveau 2 et non au niveau 3). De même, le dessin du sommet n'est pas correct sur la carte EPT, afin de pouvoir assurer la continuité avec les cartes NB-NA pour le scénario Patrouille vers le Mont-Froid.

Vue d'ensemble de la position de Sollières

Barbelés (au fond, le petit col)

Reste de tranchée

Poste d'obsevation

Ouvrage intermédiaire en construction

L'accès au poste de Sollières se faisait par la combe des Archettes, où une route militaire avait était construite. Elle part de la vallée principale de l'Arc vers le confluent avec le Val d'Ambin, passe devant le lac de l'Etoile, et monte au petit col puis au Mont-Froid. Cette route militaire a permis l'installation de pièces d'artillerie sur le Mont-Froid. C'est maintenant un sentier de randonnée, mais les anciens empierrements restent bien visibles par endroit.

En 1940, la SES du I/99e RIA, par sa défense du Mont-Froid, a empêché les Italiens de prendre cette route, évitant qu'ils ne contournent la totalité des défenses du Val d'Ambin. Les Italiens descendront directement du col de Sollières vers la Maurienne.

N'ayant pas eu d'influence sur les combats de 1940 et 1944-1945, la route militaire n'est pas représentée sur la carte EPT.

De nos jours, l'accès le plus facile et le plus rapide au col de Sollières et au Mont-Froid se fait depuis le refuge du Petit-Mont-Cenis (la route est goudronnée jusqu'à ce refuge).

Reste de la route militaire du col de Sollières

Le lac de l'Etoile (hex 0709) était encore partiellement enneigé lors de ma visite début août 2021. Il est considéré comme gelé et enneigé, aussi bien en juin 1940 qu'en décembre 1944 et en avril 1945.

Lac de l'Etoile


Positions du Mont-Froid

Le Mont-Froid vu du sud

Le Mont-Froid est une arête allongée, très étroite, aux pentes régulières mais extrêmement raides de chaque côté. Le sommet le plus haut (2822 m) se trouve à l'ouest, avec un collet au milieu de l'arête (vers 2780 m) et une remontée de l'arête à l'est (jusqu'à 2796). Le relief du sommet a été accentué dans la carte EPT, pour mieux simuler son aspect accidenté.

Le Mont-Froid est dominé par le Signal du Petit-Mont-Cenis (3161 m) prolongé plus bas et vers la gauche par la pointe de Cugne (2984 m). La pointe de Cugne était un poste de combat aménagé pour une section en 1940. En avril 1945, des mitrailleuses allemandes sont positionnées à la pointe de Cugne et au Signal du Petit-Mont-Cenis (représentés de manière simplifiée par les hex 1601 et 1701).

Partie centrale du Mont-Froid (au niveau du col).
Derrière, pointe de Cugne et Signal du Petit-Mont-Cenis.

Juste à l'est du collet central, un replat a été aménagé fin XIXème pour servir de position d'artillerie de campagne (hex 0806). Il n'y avait plus de canons en 1940.

Plate-forme d'artillerie. Au fond, sommet 2822 m.

Quelques postes de combat ont été creusés dans le roc sur la crête. Ils serviront en 1940 car la couche de neige était faible, mais pas en 1944-1945 car noyés sous la neige. Ils ne figurent donc pas sur la carte, mais une tranchée en NF1007 est ajoutée dans le scénario Escarmouche sur le Mont-Froid de juin 1940.

Tranchée sur la crête du Mont-Froid.

Par contre, les Allemands ont aménagé sur la crête enneigée un poste de combat à l'ouest du collet (Bloc Centre, hex 0606), absent en juin 1940 mais qui jouera un rôle important en avril 1945. Il sera identifié et localisé lors de la reconnaissance française de décembre 1944. Formé d'igloos et de tranchées, il n'en reste rien.

Les principaux ouvrages du Mont-Froid sont les blocs Ouest et Est, fortement ruinés de nos jours. Ils sont reliés par une route, représentée dans EPT en considérant que, malgré la couche de neige, elle facilite la communication transversale le long de l'arête.

Chaque bloc comprend un bâtiment de garnison légèrement en contrebas de la crête (côté nord donc à l'opposé de l'Italie), une muraille qui entoure ce bâtiment et va jusquà la crête, et une porte fortifiée avec pont-levis.


Le bloc Est (hex 1304) est en meilleur état que le bloc Ouest. Il est séparé du point le plus haut de la partie est du Mont-Froid par un léger replat (hex 1205), et domine l'arête qui descend vers le col de Sollières. Cette arête présente aussi un replat juste sous les murs du bloc Est (hex 1404).

Bâtiment principal du bloc Est.

Muraille du bloc Est sur la crête face à l'Italie (vue de l'extérieur).

Arête descendant côté est vers le col de Sollières.

Entrée du bloc Est vue de l'extérieur.

Porte du bloc Est et route vers le bloc Ouest.


Le bloc Ouest (hex 0305) est juste sous le sommet principal. Il est en très mauvais état. Il domine la crête du Général Sarret, axe d'attaque des Français en avril 1945 (hors carte EPT). Sous le bloc Ouest, côté sud, les pentes du Mont-Froid cessent d'être régulières et sont coupés de gros blocs rocheux (falaises entre 0307/0407 et 0308/0408 dans la carte EPT).

Porte du bloc Ouest.

Bloc Ouest vu de 2822.

Crête du Général Sarret vu de 2822.

Sommet 2822, pentes sud coupées de falaises.


Autres points remarquables

En allant du refuge du Petit-Mont-Cenis au col de Sollières, le chemin passe à l'est de la pointe de Bellecombe (2755 m).

La pointe de Bellecombe, défendue par deux mitrailleuses allemandes, est conquise par la SES de la 3e compagnie du 11e BCA le 5 avril 1945 juste avant l'aube. Pour surprendre les Allemands, les éclaireurs-skieurs sont passés à travers la falaise, équipée d'une main courante. Mais la section de la 2e compagnie chargée de les ravitailler n'arrive pas à franchir le passage.

La SES repousse une première contre-attaque en milieu de journée. Dans l'après-midi, une nouvelle contre-attaque est lancée par des parachutistes italiens de la division Folgore. Le groupe français le plus avancé doit se replier en fin de journée. Compte-tenu de l'épuisement des munitions, le reste de le SES suit le mouvement, abandonnant Bellecombe.

Pointe de Bellecombe.

Le long du chemin, sous les pentes sud et ouest du Signal du Petit-Mont-Cenis, de nombreux entonnoirs plus ou moins profonds sont présents. Ils n'ont aucun rapport avec les combats de 1940 et 1945, et correspondent à une zone de terrain salifère (comprenant du sel). Les roches salifères sont dissoutes par l'eau en donnant ces entonnoirs.

Entonnoirs de dissolution des roches salifères.

Du Mont-Froid ou du col de Sollières, il y a de belles vues sur la pointe de Cugne, sur l'arête de Cléry qui monte de la pointe de Cugne au Signal du Petit-Mont-Cenis, et sur le Signal lui-même.

Ces positions sont attaquées le 11 avril 1945, en montant depuis la combe entre le Mont-Froid et l'arête de Cléry. Une SES du 15ème BCA atteint assez facilement la crête entre la pointe de Cugne et le Signal du Petit-Mont-Cenis. Elle s'empare de la pointe de Cugne avant l'aube, et quelques hommes atteignent le Signal du Petit-Mont-Cenis avant d'en être rapidement chassés par les Allemands.

Plus bas, les trois SES du 11ème BCA qui attaquent directement le Signal du Petit-Mont-Cenis sont pris à parti par de nombreuses mitrailleuses allemandes, que l'artillerie française n'arrive pas à faire taire. Ils arrivent difficilement à atteindre la crête, mais encore loin du sommet. Devant l'augmentation rapide du nombre de blessés, l'ordre de repli est donné en milieu de matinée par le chef de la demi-brigade, qui a suivi l'assaut depuis le Mont-Froid.

La SES du 15ème BCA, isolée sur la pointe de Cugne, doit se replier à son tour.

Arête de Cléry, de la pointe de Cugne au Signal du Petit-Mont-Cenis.



Avec cette visite imagée du champ de bataille, j'espère à la fois vous avoir procuré une meilleure compréhension des événements simulés dans le module Neiges sanglantes : Chasseurs au combat 1939-1940 et 1944-1945, et vous avoir donné l'envie d'aller vous promener en montagne.

J'ai personnellement été impressionné par la raideur des pentes du Mont-Froid et par l'étroitesse de l'arête sommitale. Cette visite, bien plus que mes différentes lectures, m'a vraiment fait prendre conscience de l'exploit que constituent ces combats, dans des conditions aussi difficiles et défavorables.

Borne avec l'étoile des éclaireurs-skieurs, balisant l'itinéraire au Mont-Froid.


Amaury 23/11/2021

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